Agriculture et photovoltaïque

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Agriculture, photovoltaïque et « agrivoltaïsme »

 

 

 

 

Sauf mention contraire, les écrits présentées ci-dessous ne sont pas ceux de la coordination nationale photorévoltée – qui peuvent se retrouver ici



Agronomie et photovoltaïque

Lire ici

 

note de la coordination nationale photorévoltée,

mise à jour le 2 septembre 2026

 

p.2 Introduction

p.4 Un rapport confidentiel de Sun’agri sabote l’agrivoltaïsme

p.6 Organisation de l’élevage bovin allaitant dans la Haute-Marche (Creuse) Valeco, AgroParisTech

p.8 Note de la direction de l’Inrae

p.11 Deux rapports : Ligue de Protection des Oiseaux et Conseil National de Protection de la Nature

p.20 Les prairies

p.24 La qualité agrivoltée

p.26 Bien être animal sous les panneaux

p.29 Parasitisme ovin sous les panneaux

 

Introduction 

Dix années de rabâchage rhétorique d’Antoine Nogier et de Christian Dupraz ont permis que soit inscrit dans la loi, écrite par le lobby France Agrivoltaïsme -dirigé par Nogier et la FNSEA, que l’amélioration du potentiel agronomique d’une terre allait de pair avec « l’agrivoltaïsme », c’est à dire avec des dizaines de tonnes de métal connectés par hectare1.

« L’amélioration du potentiel et de l’impact agronomique » est donc un des quatre critères principaux qui permettrait selon le Décret de distinguer « un bon projet agrivoltaïque » « d’un vulgaire projet photovoltaïque sur terre inculte ». Le Décret définit ce critère par l’augmentation du rendement ou… par « la réduction de la baisse tendancielle locale de la production ». Mais d’une part le potentiel agronomique ne se mesure pas par le rendement, qui lui dépend d’autres facteurs. Et d’autre part comment considérer qu’il y a une amélioration du potentiel agronomique alors qu’une baisse tendancielle locale de la production est tout de même maintenue ?

Par ailleurs, nous avons pu analyser un rapport confidentiel de Sun’agri, l’entreprise d’Antoine Nogier et de Christian Dupaz, qui démontre le contraire2. Avec des panneaux qui suivent la course du soleil, les troncs font 30% de moins sous les panneaux. Il y a aussi une augmentation de la chute des jeunes fruits. Et même lorsque les panneaux sont pilotés pour diminuer l’ombre, les feuilles sont plus grandes, attirent plus de ravageurs, évapotranspirent plus. En termes de tonnage de pommes produites, il y en a 28 au lieu de 40. Par ailleurs, il est constaté une baisse de la qualité… et le vent qui égalise la chaleur entre les zones sans panneaux et avec. Ces derniers d’ailleurs protégeant à peine des gelées. C’est ainsi que même Sun’agri reconnaît que « les méthodes de lutte passive, préventives [contre le gel] sont les plus économiques et les plus efficaces : choix de la parcelle, choix de la variété, enherbement du sol et nutrition de la plante ».

Nous sommes ensuite tombés sur une note de la direction de l’Inrae qui démontre, méta-analyse mondiale à l’appui, rédigée par Christian Dupaz lui-même, que les panneaux « agrivolaïques » réduisent très fortement les rendements de toutes les cultures et des fourrages, et ce à hauteur correspondantes du taux de couverture : 40 % de panneaux équivalent à une baisse de rendement de 40 %, etc..

Nous sommes allés ensuite fouiller dans deux rapports de la LPO et du Conseil National de Protection de la Nature, la plus haute instance administrative compétente en matière de biodiversité, ainsi que dans une méta-analyse de l’Encis3 à Limoges, qui démontrent que les panneaux peuvent diminuer la biomasse, la vie du sol et ses qualités, tout comme la diversité des plantes : les légumineuses et plantes à nectar disparaissent, et donc les pollinisateurs. En somme les prairies perdent leurs qualités.

Enfin, nous présenterons la controverse quant aux effets des champs électromagnétiques que peuvent avoir les panneaux sur les animaux et humains se trouvant dans les parcs, et essaieront de savoir ce qu’il peut en être du développement du parasitisme ovin sous l’ombre chaude et humide des panneaux.

Puis relevons une déclaration qui n’est pas anodine. Que penser lorsqu’ un des trois promoteurs principaux de l’article 54 de la loi APER concernant « l’agrivoltaïsme », Dominique Potier4, exprime ce printemps des regrets de s’être fait avoir par la rhétorique des industriels ? S’il est dorénavant avéré que le lobby France Agrivoltaïsme -dirigé par Antoine Nogier de Sun’ agri et par la FNSEA, lobby auquel adhère Chirstian Dupraz, a écrit cet article5, voici en effet ce que déclare ce parlementaire socialiste à l’Assemblée nationale :

« Je voudrai souligner, c’est important, parce que l’on commence à avoir le récit à travers l’amendement du gouvernement sur le photovoltaïque, ce qui se prépare également pour la biomasse, c’est le même scénario finalement. On avait le choix entre le développement des énergies renouvelables fondées sur le photovoltaïque essentiellement sur des friches, sur les parcs d’activités. Je voudrai simplement dire que dans notre pays il y a 500 000 hectares de parcs d’activités industriels artisanaux et commerciaux qui auraient pu être équipés, densifié en énergie renouvelables. Y a des friches industrielles militaires hospitalières partout dans notre pays (…) ça ce sont des scénario à zéro impact sur la biodiversité et sur la souveraineté alimentaire. Or votre récit du photovoltaïque est clairement un récit d’un photovoltaïque qui va concurrencer la souveraineté alimentaire, qui va prendre des terres agricoles, avec le faux nez d’un agrivoltaïsme qui vient en négation totale du vote très clair de la loi APER sur laquelle nous avions eu la naïveté d’apporter notre concours dans une logique de compromis : je le regrette vivement parce que vous trahissez complètement votre parole. Le Non impact sur l’agriculture est désormais fait, nous savons qu’à partir de 40 % de couverture agrivoltaïque, c’est prêt de 50% -c’est ce que nous dit l’INRAE, de la production alimentaire qui est mise en cause (…) pour favoriser des projets à caractère industriel prédateurs sur l’écosystème et sur l’alimentation au bénéfice de quelques uns »6

« L’agrivoltaïsme », améliore t’il le « potentiel agronomique » ?

Le photovoltaïque sur terres incultes et inexploitées dit « agricompatible » : est-il « compatible » avec l’agriculture ?

Nous affirmons le contraire.

 



 

La note ci-dessus est à compléter par cette étude :

Organisation de l’élevage bovin allaitant dans la Haute-Marche (Creuse) Valeco, AgroParisTech Barré Elsa et Verdeil Juliette

 

Voir ici l’étude complète

Entretien avec Juliette Verdeil

https://coordo-nationale-photorevoltee.org/wp-content/uploads/2026/03/OrganisationdellevagebovinallaitantdanslaHaute-MarcheCreuse-BARREetVERDEIL.pdf

Résumé :

Mentionnons aussi l’étude des ingénieures d’Agroparistech, Juliette Verdeil et Elsa Barré, réalisée avec les données de centrales agrivoltaïques de Valeco et nommée « Organisation de l’élevage bovin allaitant dans la Haute-Marche (Creuse), impact de l’agrivoltaïsme »1

Il est prouvé qu’en Limousin, ce qui peut se décliner dans des régions à conditions pédoclimatiques équivalentes, la présence de panneau baisse le rendement de la biomasse fourragère, diminue sa diversité et sa qualité. Ce qui amène à un choix de baisser le nombre de bête (taux de chargement- UGB), ainsi qu’à une baisse des revenus de plus de 10 %. Le revenu agricole familial baissant, la part des subventions dans le revenus agricoles augmente, rendant plus dépendant encore les paysan..es aux subs, et à l’agro industrie énergétique.

Plus précisément, dans cette région, les fenêtres de fauches sont limitées – parfois 2-3 jours. S’il y a moins de soleil sur les foins coupés, alors ils sèchent mal ou pourrissent, et ne peuvent être ramassés. On en déduit donc une baisse de la qualité du fourrage, mais aussi une baisse de la quantité, et plus généralement « une superposition des pics de travail » des paysan.nes. Cette expression signifie que l’on ne peut pas densifier encore plus leur travail qui est déjà au maximum lors des vêlages et des fauches. Donc si on réduit les fenêtres de fauche (car les panneaux empêchent de bien faire sécher le tout) et qu’on y ajoute « l’entretien des panneaux » (comme le débroussaillage au pied) il devient impossible de tout faire… donc au final on réduit le nombre de mères, donc le taux de chargement (UGB) au delà des 10% permis par le Décret.

Notons un postulat à l’étude et un biais qui en découle : l’étude part du principe que le taux de couverture par Valeco, amène uniquement à 10 % de perte de rendement. or on sait, via la note de l’Inrae (basée sur la méta-analyse de Dupraz) que les pourcentages de perte de rendement sont supérieurs, y compris pour les fourrages en situation d’élevage.

Cette démonstration, et en y intégrant le postulat et biais de départ, amène à conclure que le critère -obligatoire- du « revenu durable » (ne pas être inférieur à la moyenne des 5 dernières années) ne peut être tenu, et que le critère-obligatoire, de la « production agricole significative » qui ne doit pas faire que pour l’élevage il y ait un taux de chargement qui baisse de plus de 10%, puisse être respecté.

Une des autrice résume ainsi son étude, et explique quant à la pousse de l’herbe que:

« celle-ci aura donc une pousse réduite. Cela pourrait aussi modifier les types d’espèces  qui poussent, car certaines préfèrent être en plein soleil, (…). Donc, s’il y a moins de pousse, il y aura moins d’herbe à pâturer ou à mettre en foin. On a fait l’hypothèse que ça se traduira par une réduction de la taille du cheptel car, pour l’exploitant, si sa production de fourrage diminue, il ne va pas aller acheter ou louer d’autres têtes, il va réduire le nombre de bêtes c’est moins coûteux. En moyenne, on aura une baisse de 3 à 13 % du nombre de mères, selon si les vaches sont souvent en stabulation ou toujours en extérieur. Et si dans certaines régions, on considère que les panneaux vont protéger les prairies des coups de chaud, en Limousin, il pleut beaucoup. Les prairies risquent de ne pas pouvoir sécher. L’herbe ou le foin ne seront pas de bonne qualité et le paysan ne pourra pas rentrer dans sa prairie trop humide pour récolter son foin (…) Ce dernier va gagner un peu avec le photovoltaïque mais perdre entre 3 et 13 % de son revenu agricole »2

Conclusion :  on peut affirmer qu’il y a plus de 10 % de perte de rendement que ce soit sur le taux de chargement (qui entre dans l’appréciation de la production agricole significative pour l’élevage). Et qu’il y a aussi plus de 10% de baisse dans les revenus agricole, qui n’est ainsi plus « durable » et que le respect du critère de la moyenne des revenus antérieurs, n’est pas réaliste. Idem quant à la qualité qui s’éloigne sur divers aspects.

 



Rapport confidentiel de Sun’Agri

Voir le rapport ici

 

L’analyse du rapport confidentiel de Sun’agri, découvert et publié par les journaux Silence et l’Empaillé nous éclaire.

Avec des panneaux qui suivent la course du soleil, les troncs font 30% de moins sous panneaux.

Il y a une augmentation de la chute des jeunes fruits.

Et même lorsque les panneaux sont pilotés pour diminuer l’ombre, les feuilles sont plus grandes, attirent plus de ravageurs, évapotranspirent plus.

En terme de tonnage de pommes produites, il y en a 28 au lieu de 40.

Pourtant dans la loi qui est si bien faîte, cette baisse de rendement est permise si tant est qu’il y ait une amélioration de la qualité.

Mais la qualité n’est pas au rendez-vous : avec 20% de sucres en moins pour les pommes ; des cerises et les pommes moins colorées ; et des maladies telle le bitter (due à une carence en calcium) ; les punaises augmentant aussi.

La suite ici

 

 



Note de la direction de l’INRAE quant aux impacts agronomiques de l’agrivoltaïsme

Une synthèse des connaissances scientifiques disponibles sur la productivité des cultures et pâtures sous systèmes agrivoltaïques a été publiée en septembre 2023, avec toutes les publications disponibles en mai 2023.
Elle s’appuie sur une base de données expérimentales, qui est enrichie en continu par les nouvelles publications (8 publications supplémentaires depuis mai 2023). Nous faisons le choix de n’utiliser que les données publiées dans des revues scientifiques à comité de lecture, pour des raisons déontologiques évidentes. Il faut souligner que la plupart des recherches en agrivoltaïsme sont financées par les entreprises du secteur photovoltaïque, avec des engagements de confidentialité qui freinent les publications.

Nous avons eu plusieurs témoignages indiquant que lorsque les résultats ne sont pas favorables (baisses significatives de rendements sous les installations agrivoltaïques), les financeurs de ces études sont réticents à les publier. De ce fait, il est probable que notre synthèse est biaisée en faveur de bons rendements sous les systèmes agrivoltaïques.

Il faut donc considérer nos estimations comme optimistes.

 



Écoles des Mines de Paris : Photovoltaïque en terre agricole : énergie d’avenirou menace pour l’agriculture ?

 



Confédération Paysanne AGRIVOLTAÏSME : NOS POSITIONS

Des panneaux sur nos hangars, pas sur nos hectares !

NOS OBJECTIFS

Faire connaître les effets pervers du photovoltaïque (PV) sur terres agricoles, naturelles et forestières (agrivoltaïsme compris) :

Atteinte à la souveraineté alimentaire du fait de l’artificialisation directe (centrales PV) et indirecte (agrivoltaïsme) des terres : des éleveur·euses, dont le revenu moyen pour l’activité « bovins viande » dépasse à peine 10 000 € par an, se voient proposer une rente de 30 000 € par an pour l’entretien de panneaux. Dans ce contexte économique, comment garantir que l’activité d’élevage ne sera pas mise de côté, voire abandonnée ?
Déstabilisation du prix de la viande et du lait : pour les filières supposément compatibles avec « l’agrivoltaïsme », comme la filière ovine, le prix de la viande pourrait être bradé quand les revenus des éleveur·euses viennent essentiellement de l’entretien des panneaux. Nous refusons que la production alimentaire devienne un sous-produit de la production énergétique.
Atteinte à l’autonomie des paysan·nes : le PV sur des terres agricoles nécessite la présence d’un·e paysan·ne pour justifier de la dimension agricole du projet. Le·la paysan·ne sera alors contraint·e d’adapter le fonctionnement de sa ferme aux panneaux, et non l’inverse.
Atteinte aux nombreux services apportés par l’agriculture aux territoires : un parc PV sur des terres agricoles et naturelles est une installation de nature industrielle qui altère les paysages et l’attractivité touristique et pose question quant au maintien de la biodiversité.
NOS REVENDICATIONS
Interdire les centrales PV (agrivoltaïsme inclus) sur toutes les terres agricoles, naturelles et forestières.
Favoriser l’installation de panneaux photovoltaïques sur toitures existantes et espaces artificialisés (friches industrielles, parkings…).
Favoriser l’installation de panneaux sur de nouveaux bâtiments agricoles, à la condition essentielle que ces bâtiments répondent à un besoin clairement identifié pour l’activité agricole.
Nous souhaitons vivre dignement de notre métier, qui n’est pas de produire de l’énergie !

 


 

NOUS NE TOMBERONS PAS DANS LE PANNEAU DE L’AGRIVOLTAÏSME !

Positionnement quant au photovoltaïque sur les terres agricoles naturelles et forestières par la Confédération paysanne

 


VRAI / FAUX SUR LE PHOTOVOLTAÏQUE AU SOL ET L’AGRIVOLTAÏSME

par la Confédération paysanne

 


Agrivoltaïsme : paysans, notre métier n’est pas de produire de l’énergie, par la Confédération Paysanne.

Reporterre, 2 décembre 2022

 



Agroforesterie ou agrivoltaïsme

 

Entretien avec Fabien Balaguer,

directeur de l’Association Française d’agroforesterie

Paroles recueillies par L. Santiago, août 2022 pour le journal L’Empaillé, et complété par Fabien Balaguer en septembre 2026

 

Lire en PDF ici

 

« Dans la plupart des contextes, ce sont des idées reçues, ou la conséquence d’une gestion inadaptée [au sujet de la concurrence entre les arbres et les autres végétaux -ndlr]. On essaye de nous faire croire que l’on n’a plus le temps de faire pousser des arbres, et donc on propose de mettre des panneaux solaires à la place parce que, de cette façon, on met de l’ombre plus vite. Mais quel est le bilan global d’une telle opération ? Il n’y a qu’à regarder les performances d’un panneau en terme de stockage carbone, son pouvoir en terme de reconstruction des habitats, des sols, ou de la biodiversité, pareil sur le cycle de l’eau… L’arbre et le végétal gagnent tous les bilans. Le panneau, lui, n’est meilleur que sur l’efficacité de conversion de l’énergie lumineuse.

Mais pour nos territoires, ce qu’il nous faut, c’est de la photosynthèse et de la transpiration végétale : ce qu’il manque aujourd’hui, ce sont des sols couverts et des nuages, si on résume, c’est-à-dire un cycle de l’eau fonctionnel. C’est tout cela qui nous permet de penser qu’avec des arbres et de la bonne agronomie, on peut avoir plus de résultats et surtout à plus long terme. C’est une différence de paradigme fondamentale avec l’approche agrivoltaïque, surtout à grande échelle. Notons qu’on est dans une société qui a le don de la contradiction et qui essaye, à l’arrivée, de mettre des panneaux solaires dans les champs et de faire de l’agriculture sur les toits… Il y a peut-être un truc à remettre en ordre… Les industriels ont inventé l’agrivoltaïsme en essayant de faire passer un cheval de Troie, et en faisant croire que cela allait aider l’agriculteur. Je n’y crois pas une seconde, du point de vue agriculture durable, et si l’objectif est la résolution des problèmes de l’agriculteur à long terme.

L’argument de la concurrence racinaire entre arbres et cultures ? C’est un peu une vue de l’esprit, avec notre vision de l’être humain qui raisonne souvent avec ce prisme de la concurrence. Lorsqu’on voit deux racines qui se touchent ou ne passent pas loin l’une de l’autre, on se dit que c’est forcément négatif, comme s’il y avait un risque de court-jus… En réalité, la recherche a montré que des racines de deux plantes différentes pouvaient se toucher sans qu’il n’y ait de véritable problème. Certains ont même excavé un système racinaire de forêt : tout se touche et il n’est pas rare d’observer y compris des soudures entre les racines de deux arbres mitoyens… et cela ne « disjoncte » pas.

L’explication ? Elle peut être multiple, mais au-delà de ses racines principales – qui assurent surtout une fonction d’ancrage – un arbre implanté sur un sol vivant dispose d’un système mycorhizien très étendu, qui lui permet d’aller prélever sa nutrition (l’eau et les sels minéraux) à parfois plusieurs dizaines de mètres de son système racinaire. Bien sûr, cela se passe plus facilement dans les sols fertiles. Quand on analyse les flux de matière, on se rend compte que la corrélation entre proximité des racines et concurrence pour les ressources est loin d’être évidente. Cette concurrence est surtout très fortement corrélée à la taille du « réservoir ». Dans un sol dégradé avec peu de ressources disponibles, évidemment, quand vous allez mettre plus de monde, la compétition va être plus forte, mais ce n’est pas dû au fait que l’abricotier n’aime pas la vigne. D’ailleurs, en terme de mycorhizes, c’est plutôt très complémentaire, les rosacés et la vigne. Par contre, évidemment, si vous faites ce genre d’associations dans un sol viticole dégradé, si vous le faites trop vite, sans révision des pratiques agronomiques et que vous plantez trop serré, là vous aurez très vite des problèmes ».

Ajoutons que Jean-Luc Tarantini, arboriculteur du projet PV de Bellegarde porté par AKUO et la MAIF, entre deux louanges pour l’agrivoltaïsme, déclare sans même y prêter attention :« En revanche, elle accumule dans ses réserves énormément d’azote. Nous pensons que le manque de luminosité lui fait craindre de ne pas exister. Elle fait du bois au lieu de faire des fruits »1

Le PV, une panacée pour l’arboriculture ? Revenons à de la véritable agroforesterie.

Fabien Balaguer précise :

« C’est pour cela que l’agroforesterie ne fonctionne véritablement que lorsqu’on fait les bons choix techniques, mais aussi que l’on fait de l’agronomie autour des arbres. C’est-à-dire, sans considérer l’arbre ou la haie comme une panacée.

La fertilité des sols, le microclimat, cela prend du temps et demande une approche globale. Il faut considérer l’arbre comme une véritable plante cultivée, complémentaire des pratiques de couverture des sols, par exemple, qui participent à la régénération de l’humus, etc… Cela nous arrive assez souvent d’accompagner des agriculteurs en leur disant « reconstruisez d’abord votre sol et on plantera des arbres dans quelques années, car là, si vous les plantez demain, les arbres ont de forte chance de ne pas pousser ». Rappelons que l’arbre, à l’origine, c’est une plante de sols fertiles, c’est la dynamique forestière qui nous le dit.

– Est-ce que dans un contexte de sols agricoles dégradés, les panneaux peuvent tout de même aider l’agriculture ?

– Cela dépend du temps que l’on se donne. Car on sait pertinemment que les sols, cela peut se régénérer, et plutôt plus vite qu’on ne le croit. Même après 50 ans de « matraquage », avec des pratiques d’apport intensif de biomasse, on peut avoir les premiers résultats sur la fertilité en 4 ou 5 ans. La nature nous pardonne donc assez vite…

Mais il est vrai que 5 ans, c’est toujours plus long que le temps d’installation d’une rangée de panneaux…

On est dans une société qui va vite, et dans le même temps, notre agriculture va mal et on a un manque d’accompagnement technique pour sortir de l’ornière. C’est ce qui fait aussi que l’option « panneaux » gagne du terrain. On promet aux agriculteurs 2000 euros de revenus à l’hectare et à l’année, du jour au lendemain, sur des sols où ils n’espèrent plus rien, bon beh ils signent… mais pour moi, cela revient à faire le deuil de l’agriculture durable.

Si on veut s’adapter au changement climatique, il va falloir faire de l’ombre, oui, mais aussi amortir le cycle de l’eau, remettre de la biodiversité et surtout remettre le sol en activité. Le carbone, l’humus… c’est aussi cela qui permet d’amortir les aléas climatiques.

In fine, cela dépend si on veut se donner un sursis de quelques années, ou si l’on veut attaquer les problèmes à la racine. Aujourd’hui toute l’agriculture française est face à des défis agro-écologiques de premier ordre. Cela tient tant qu’il y a de l’eau à la pompe, mais quel est l’avenir durable de ces modèles de production ? Il est certain qu’en terme de résilience, les pratiques agroécologiques de couverture du sol, d’agroforesterie, de diversification des cultures… tout cela apportera plus de sursis que des panneaux qui font de l’ombre chaude et sèche.

Sans compter qu’avec ces projets d’agrivoltaïsme, on fait les mêmes erreurs qu’avec l’urbanisation. Au début les villages étaient plutôt sur les flancs de collines et on gardait tout ce qui était plat pour faire de l’agriculture. Puisque vous parliez d’arboriculture, le cas des Pyrénées-Orientales, par exemple, est caractéristique : en 25 ans il ne reste pas grand-chose de la plaine agricole du Roussillon. Les arbres ont été arrachés, les terres ont été bâties presque en totalité, et le grand bassin de production d’antan n’est plus que l’ombre de lui-même. Dans le même temps, on cherche l’ombre et l’eau… ».